24 avril 2014 ~ 0 Commentaire

L’Argentine et le foot, histoire d’un mariage passionnel

  « En Argentine, celui qui n’aime pas le foot est un sale ignorant », « On peut changer de maison, changer de métier, et même changer de femme, mais on ne peut pas changer de club », « Pour rien au monde je ne raterai un match de mon équipe, même pas pour le mariage de mon frère » : autant de phrases qui montrent ce qu’est la réalité du football en Argentine… Bien plus qu’un sport, c’est un mode de vie, un compagnon de tous les jours et une religion pour certains qui ne jurent que par leur club de cœur.

  Cet amour pour le ballon rond prend racine dans les rues de Buenos Aires comme dans celles du reste du pays. Chaque enfant s’entraîne des heures durant à maîtriser l’objet convoité sur des surfaces difficiles, apprenant de ce fait à contrôler la sphère avec précision. Cette tradition du potrero perdure et il est fréquent de lire dans des biographies de joueurs argentins à quel point le fait d’avoir joué dans la rue leur a facilité la tâche au moment de s’exprimer sur du gazon. Les joueurs sont souvent marqués par leur jeunesse dans les rues du pays et il n’est pas rare de les voir revenir dans leur pays natal après une carrière à succès en Europe. L’année dernière, le succès de Newell’s Old Boys dans le championnat s’est, par exemple, basé sur les revenants Maxi Rodriguez, Gabriel Heinze, Ignacio Scocco et Lucas Bernardi. Souvent, ces passionnés se sentent obligés de revenir dans le club qui les a formés. C’est une forme de redevance envers des institutions qui les ont portés vers le succès.

  Aujourd’hui, pour les jeunes argentins, le football est un passage obligé. Leur rôle est de perpétuer une tradition familiale commencée depuis plusieurs générations : l’amour du foot, mais surtout l’âme du supporteur fidèle et fervent. Les sorties au stade se font souvent en famille : les pères y amènent leurs enfants dès qu’ils sont en âge de marcher, leur achètent les maillots et apprennent les chants. Dans les familles argentines, la passion s’exerce communément et chaque membre de celles-ci doit connaître l’histoire de son club, se rendre au stade régulièrement et posséder sa carte de socio : c’est une affaire d’honneur autant que d’hérédité. Les femmes, contrairement aux Européennes qui, pour l’immense majorité, dédaignent le football, n’échappent pas à cette tradition. Rares sont celles qui ne supportent pas un club, même de loin, et quelques-unes fréquentent assidûment les stades ou portent des médaillons de leurs équipes fétiches.

  L’importance du football pour les pères de famille qui souhaitent transmettre leurs valeurs à leurs enfants, certains l’ont bien comprise et en ont fait un atout commercial. C’est le cas de l’ancien joueur d’Independiente Claudio Marangoni, qui a développé ces dernières années un vaste complexe qui fait office d’école de football pour les enfants, quel que soit leur âge. Ainsi, on y retrouve des garçons âgés de trois ans à peine et qui savaient taper dans un ballon avant de savoir marcher. Les formations continuent jusqu’à l’adolescence, attirent des centaines d’apprentis footballeurs qui s’y rendent plusieurs fois par semaine, et Marangoni en tire réellement profit. D’où l’importance de ce sport dans la mentalité argentine…

  Brésil et Angleterre mis à part, l’Argentine est le seul pays où ce sport a une place si importante. Chaque club a une ligne de produits dérivés sans équivalent en Europe et réalise un chiffre de ventes conséquent sur ces mêmes produits. Par exemple, la boutique officielle de Racing, club mythique d’Avellaneda, la banlieue sud de Buenos Aires, propose des produits exotiques et variés aux couleurs du club. De la cravate au vin, sans oublier l’habit pour chien, le bavoir, les chaussons et même la coque pour smartphone, le fanatique de Racing peut tout y trouver. C’est cette particularité du football argentin, rare à l’échelle du monde, qui attire des étrangers venus y découvrir une passion qu’ils n’ont pas l’occasion de voir chez eux. Deux Américains fans de soccer venus de Los Angeles,  rencontrés dans un stade, nous confiaient qu’ils avaient organisé leur road trip au pays de Maradona en fonction des matchs qu’ils auraient l’occasion de voir. 

  La passion d’un club détermine un comportement qui marque la personnalité des Argentins. Si vous êtes nés dans une famille supportrice de River Plate, vous êtes un Millonario à vie, et ce n’est pas négociable ! L’hinchada – le supporteurisme – est un réel marqueur d’identité qui réunit des gens d’horizons différents, et ce sans aucune distinction. Lorsque leur équipe marque, des cadres d’entreprises et des immigrés habitants des bidonvilles se tombent dans les bras. C’est la force du football en Argentine : faire oublier les troubles qui secouent le pays l’espace de quelques heures. D’ailleurs, le gouvernement en place l’a bien compris et a offert du football gratuit à la télévision pour séduire des électeurs, pour lesquels le ballon rond a toujours une place importante. Cette utilisation du football par la politique se retrouve également dans l’ascension vers le pouvoir des politiciens. Il est monnaie courante de voir des personnalités marquantes du monde politique qui ont déjà fait leurs preuves à la tête d’un club de foot. C’est notamment le cas de Mauricio Macri, actuel maire de Buenos Aires et ancien président à succès de Boca Juniors.

  Mais ces luttes de pouvoir détournent parfois les supporteurs de leur fonction première, à savoir soutenir leur équipe. Ces dernières semaines, les affrontements entre passionnés ont souvent tourné au drame, causant plusieurs morts par semaine aux alentours des stades, conduisant les autorités publiques à interdire les déplacements de supporteurs dans les stades adverses. Cette mesure, perçue comme une atteinte aux libertés des fans de football, paraît pourtant indispensable pour stopper les violences des barras bravas, noyaux durs de supporteurs historiques. À cela s’ajoutent des luttes d’influence qui enveniment une situation déjà compliquée. Récemment, des enquêtes ont révélé des liens entre les Borrachos del tablón, fanatiques de River Plate, et la présidence du pays. Ces relations laissent penser à des violences préméditées dans un pays parfois marqué par la corruption. Cela pousserait-il la population à avoir un dégoût pour le football ? En Argentine, rien n’est moins sûr…

BPdV

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